# Nager avec les tortues à Malendure : les règles à respecter

> Nager avec les tortues à Malendure ne demande ni brevet, ni bateau, ni guide. Il suffit d'une paire de palmes, d'un masque, d'un tuba et d'un peu de…

Nager avec les tortues à Malendure ne demande ni brevet, ni bateau, ni guide. Il suffit d'une paire de palmes, d'un masque, d'un tuba et d'un peu de patience : les tortues vertes broutent l'herbier de la baie à quelques dizaines de mètres du sable noir, entre 2 et 6 mètres de fond, et elles y sont présentes toute l'année. C'est précisément cette facilité qui pose problème, parce qu'elle attire chaque jour un nombre de nageurs que l'herbier n'a jamais eu à supporter auparavant. 

 Les règles tiennent en peu de choses, et elles sont non négociables : on garde au moins trois à cinq mètres, on ne touche jamais, on ne nourrit jamais, on ne se place jamais entre l'animal et la surface, on n'utilise pas de flash. Une tortue marine est une espèce intégralement protégée en France, et la perturbation intentionnelle est une infraction, pas une maladresse tolérée. 

 Le reste de cet article détaille pourquoi ce site précis concentre autant d'animaux, comment se comporter dans l'eau pour que la rencontre se passe bien pour vous et pour eux, et quels sont les effets réels d'une fréquentation intense sur un herbier de cette taille. 

## Malendure, une baie qui coche toutes les cases

 La baie de Malendure se situe sur la commune de Bouillante, sur la côte sous le vent de Basse-Terre. Elle est abritée des alizés par le relief de l'île, ce qui lui vaut une mer généralement peu formée et une eau lisible une grande partie de l'année. Le fond descend en pente douce depuis le sable volcanique noir, sans cassure brutale, avant de s'étaler en zone d'herbier. 

 Cette configuration crée l'habitat idéal de la tortue verte adulte. Elle a besoin de prairies sous-marines peu profondes pour se nourrir, d'une eau calme pour brouter sans lutter contre le courant, et de zones de repos où se poser entre deux remontées. La baie fournit les trois, sur une surface restreinte et facilement accessible depuis la plage. 

 À cela s'ajoute la proximité immédiate des îlets Pigeon, en face, qui abritent des fonds coralliens fréquentés par les tortues imbriquées et constituent le terrain de jeu des plongeurs bouteille. Le secteur est décrit en détail dans notre guide de la Réserve Cousteau et de la plongée sur les îlets Pigeon , qui traite du versant bouteille de ce même plan d'eau. 

### Pourquoi les tortues restent

 Une tortue verte adulte est fidèle à ses zones d'alimentation. Une fois qu'elle a trouvé un herbier productif, elle y revient jour après jour, parfois pendant des années. Elle taille l'herbe courte sur des parcelles qu'elle exploite en rotation, ce qui stimule la repousse : c'est un pâturage, avec la même logique que sur terre. 

 La conséquence pratique est simple : les mêmes individus se retrouvent au même endroit. Ce n'est pas un banc de passage, c'est une population résidente, et c'est ce qui distingue Malendure des autres sites d'observation des tortues en Guadeloupe , où les rencontres sont plus dispersées. Cela explique la régularité des observations, et cela explique aussi pourquoi une perturbation répétée sur cette zone touche toujours les mêmes animaux, sans échappatoire possible pour eux. 

## Ce que vous devez faire dans l'eau

### La distance d'approche

 Trois à cinq mètres au minimum, davantage si l'animal se nourrit ou se repose. Cette distance n'est pas une norme réglementaire chiffrée, c'est un seuil pratique en dessous duquel la plupart des tortues modifient leur comportement. Le vrai critère est comportemental : si la tortue interrompt son repas, relève brusquement la tête, accélère ou change de cap, vous êtes trop près. Reculez. 

 Approchez toujours de côté, dans son champ de vision latéral, jamais par l'arrière et surtout jamais par le dessus. Une masse qui arrive au-dessus de la carapace est lue comme une menace, parce que c'est exactement l'angle d'attaque d'un prédateur. Gardez un rythme de palmage lent et régulier ; les mouvements saccadés et les accélérations déclenchent la fuite. 

### Laisser la voie libre vers la surface

 C'est la règle la plus importante et la plus souvent violée par ignorance. Une tortue est un reptile pulmoné : elle doit remonter respirer. Entre deux respirations, elle passe quelques minutes à brouter, parfois beaucoup plus quand elle se repose sur le fond. Quand elle décide de monter, elle le fait en ligne à peu près droite. 

 Si vous êtes en surface juste au-dessus d'elle, ou si un groupe de nageurs forme un cercle fermé autour de la zone, l'animal se retrouve à devoir contourner un obstacle avec une réserve d'air limitée. Le stress est immédiat, l'effort augmente, la consommation d'oxygène aussi. Répétez cela dix fois dans la journée et vous obtenez un animal en dette énergétique permanente. 

 La bonne pratique : dès que vous voyez la tortue amorcer une remontée, écartez-vous latéralement et laissez un couloir vertical entièrement libre. Restez à la surface, immobile, et regardez-la respirer. C'est souvent le plus beau moment de la rencontre. 

### Se placer en arc, jamais en cercle

 Quand plusieurs personnes observent le même animal, la disposition compte autant que la distance. Un cercle enferme. Un arc de cercle, tous du même côté, laisse une voie de sortie et une voie de remontée. Si vous arrivez sur un groupe déjà en place, rejoignez l'arc plutôt que de fermer le dispositif par le côté opposé. 

 Limitez aussi la durée. Une observation de quelques minutes suffit largement. Rester vingt minutes collé au même individu, même à bonne distance, revient à le maintenir sous surveillance permanente pendant une part significative de sa journée d'alimentation. 

## Ce qu'il ne faut jamais faire

 Toucher. La carapace n'est pas une coquille inerte : elle est recouverte d'un revêtement biologique vivant que le contact abîme, et la peau des nageoires est fragile. Le toucher transmet aussi des micro-organismes dans les deux sens. Même une caresse « douce » est interdite et constitue une perturbation d'espèce protégée. Une tortue qui vient d'elle-même vers vous ne vous donne aucun droit supplémentaire : reculez. 

 Chevaucher ou s'accrocher. Il faut le dire parce que cela se voit encore. S'agripper à une carapace pour se faire tracter est un comportement grave : la tortue ne peut pas remonter respirer, elle panique, et la scène se termine régulièrement par un animal épuisé. C'est aussi un délit caractérisé. 

 Nourrir. Distribuer du pain, des légumes ou quoi que ce soit habitue l'animal à associer les humains à la nourriture. La tortue perd sa méfiance, s'approche des embarcations, se fait heurter par une coque ou couper par une hélice. Les blessures d'hélice sur carapace sont malheureusement une observation courante sur les sites très fréquentés. 

 Couper la remontée. Déjà évoqué, mais cela vaut d'être répété : c'est l'erreur la plus dangereuse pour l'animal et la plus fréquente chez les nageurs bien intentionnés qui veulent « la suivre » vers la surface pour la photo. 

 Poursuivre. Si la tortue s'éloigne, la rencontre est finie. Nager derrière elle prolonge le stress sans améliorer votre observation, puisqu'un animal en fuite ne montre rien d'intéressant. 

 Utiliser le flash. En eau peu profonde et bien éclairée, le flash n'apporte rien de toute façon. Il agresse un animal dont la vision est adaptée à la lumière ambiante sous-marine. 

## La question de la crème solaire

 Le sujet paraît secondaire, il ne l'est pas sur un site qui accueille beaucoup de monde chaque jour. Les filtres UV chimiques présents dans de nombreuses crèmes se dissolvent dans l'eau en quelques minutes. Sur un herbier fermé et peu profond, avec un renouvellement d'eau limité par la configuration de la baie, ces composés s'accumulent et pèsent sur les organismes fixés, coraux et phanérogames en tête. 

 Trois solutions simples, par ordre d'efficacité. La meilleure est vestimentaire : un lycra anti-UV manches longues, ou un t-shirt technique, couvre le dos et les épaules, c'est-à-dire les zones réellement exposées quand on flotte face contre l'eau. La deuxième est le choix d'une crème à filtres minéraux sans nanoparticules. La troisième, valable dans tous les cas, est d'appliquer la protection au moins vingt minutes avant d'entrer dans l'eau, pour laisser le produit se fixer sur la peau plutôt que de le larguer directement dans l'herbier. 

## L'impact réel de la fréquentation

 Il serait malhonnête de prétendre que le tourisme d'observation détruit les tortues de Malendure. Il serait tout aussi malhonnête de prétendre qu'il est neutre. La réalité se situe dans les effets cumulés, difficiles à voir en une matinée, visibles sur plusieurs saisons. 

 Le premier effet est énergétique. Une tortue dérangée fuit, et fuir coûte de l'oxygène et des calories. Multipliez par le nombre d'interactions quotidiennes et vous obtenez un budget énergétique amputé, au détriment de la croissance et, chez les femelles, de la constitution des réserves nécessaires à la ponte. 

 Le deuxième est physique et concerne l'herbier lui-même. Les palmes de nageurs qui se tiennent debout ou qui palment trop près du fond soulèvent le sédiment et arrachent des pousses. Le mouillage des embarcations sur l'herbier arrache des rhizomes entiers, et une prairie détruite met des années à se reconstituer. Moins d'herbier signifie mécaniquement moins de tortues. 

 Le troisième est comportemental. Une population habituée à l'homme devient moins méfiante à l'égard de toutes les embarcations, y compris celles qui passent vite. Le risque de collision augmente. 

 Aucun de ces effets n'impose de renoncer à la rencontre. Ils imposent de la faire correctement : distance, durée limitée, palmage propre, pas de contact, et fréquentation étalée dans la journée plutôt que concentrée sur deux heures. 

## Encadrement, matériel et bon sens

### Faut-il un accompagnement ?

 Le snorkeling est libre à Malendure et ne requiert aucun encadrement légal. Passer par une structure organisée présente néanmoins deux avantages concrets. Le premier est la connaissance du site : un accompagnateur sait où se trouvent les parcelles broutées ce mois-ci et évite de faire tourner tout le monde au mauvais endroit. Le second est la transmission des règles, expliquées avant la mise à l'eau plutôt que rappelées après coup. 

 Pour un nageur peu à l'aise, un accompagnement présente aussi un intérêt de sécurité, notamment la présence d'une bouée de signalisation et d'un regard extérieur. Si vous partez en autonomie, restez en binôme, signalez votre présence avec une bouée de palmage, et évaluez honnêtement votre niveau de nage avant de vous éloigner du bord. 

### Le matériel minimal

 Un masque étanche et bien ajusté change tout : un masque qui fuit vous oblige à vous redresser en permanence, à palmer sur place et à brasser le fond. Nos conseils de sélection et de traitement anti-buée figurent dans notre guide pour bien choisir son masque de plongée . Ajoutez un tuba simple, des palmes courtes, et un lycra pour le soleil. 

 Une paire de chaussons ou de sandales pour marcher sur le sable noir est appréciable : la plage volcanique chauffe fort en milieu de journée. Enfin, mettez-vous à l'eau tôt. Entre le lever du jour et neuf heures, la mer est plus lisse, la lumière meilleure, et la fréquentation minimale. 

## Voir plus loin que les tortues

 La baie et ses abords ne se limitent pas à un herbier. Poissons perroquets, sergents-majors, raies pastenagues et parfois un banc de calmars complètent le tableau si vous prenez le temps de regarder ailleurs que sur la carapace la plus proche. La question des grands prédateurs revient souvent chez les visiteurs, et nous y répondons de façon factuelle dans notre article consacré aux espèces de requins réellement présentes en Guadeloupe . 

 Si vous construisez un séjour autour de l'eau, la baie de Malendure s'intègre naturellement dans un programme plus large, entre plongée, excursions vers les îles et découverte du littoral ; notre programme complet des activités mer en Guadeloupe propose une trame réaliste sur une semaine. Et pour comprendre les grands équilibres du récif antillais, la rubrique océan et biodiversité rassemble nos articles de fond sur le sujet. 

## Questions fréquentes

### Est-on sûr de voir des tortues à Malendure ?

 Rien n'est garanti avec des animaux sauvages, mais la probabilité est élevée : la population est résidente et présente toute l'année. Une matinée calme, tôt, offre de très bonnes chances. En cas d'eau chargée ou de mer formée, mieux vaut décaler d'un jour. 

### Quelle distance faut-il vraiment respecter ?

 Trois à cinq mètres au minimum, plus si l'animal se nourrit ou se repose. Le meilleur indicateur reste le comportement de la tortue : toute réaction visible signifie que vous êtes trop près. 

### Peut-on toucher une tortue qui s'approche d'elle-même ?

 Non. Le contact est interdit dans tous les cas, quelle que soit l'initiative de l'animal. Écartez-vous doucement pour rétablir la distance. 

### Faut-il un niveau de plongée particulier ?

 Aucun. L'observation se fait en surface, en palmes, masque et tuba. Il faut simplement savoir nager et être à l'aise dans une eau où l'on n'a pas pied. 

### Quelle crème solaire utiliser ?

 Le mieux est de limiter la crème et de couvrir les zones exposées avec un lycra anti-UV. Si vous utilisez une crème, choisissez une formulation à filtres minéraux et appliquez-la une vingtaine de minutes avant la mise à l'eau. 

### Que faire si je vois quelqu'un toucher ou poursuivre une tortue ?

 Signalez calmement la règle si le contexte s'y prête, sans conflit. En cas de comportement répété ou d'animal manifestement en détresse, prévenez la structure présente sur le site ou les autorités compétentes plutôt que d'intervenir physiquement.

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Source : https://couleurplongee.fr/blog/nager-avec-les-tortues-malendure/
